Louis 14

 

Je suis en train de mettre un peu d'ordre dans le gros dossier médical de notre crapouille ..

Ce qui n'est pas une tâche facile car on a beaucoup bougé ces 7 dernières années et il n'est pas évident de retrouver tous les docs auxquels je pense.

Mais nous avons décidé de changer de médecin de rééducation fonctionnelle, alors je veux pouvoir lui présenter un dossier le plus complet possible afin qu'il mesure bien le parcours déjà effectué ... et puis, nous en aurons aussi besoin pour nous rendre au centre Essentis en mai pour suivre cette première session de rééducation intensive ...

Au fure et à mesure que je retrouve des bilans, résultats, compte rendus de médecins, de kinés, d'ergo, d'ortho etc .. j'y jette un oeil et 2 choses me sont revenues en mémoire ... Même si elles ne s''etaient pas tout à fait effacées, disons que j'en avais atténué la puissance.

La première concerne les énormes "'colères"' de Minilou entre 1 et 4 ans ... Avec un gros gros gros pic l'année de ses 3 ans.

Des ''colères'' qui nous laissaient tous abasourdis et épuisés. J'utilise le mot "'colère"', je crois que c'est le bon. Pas une colère déclenchée par un quelconque caprice comme tous les enfants peuvent en faire ... qui n'a jamais eu à affronter les cris de son 2 ans qui hurlent parce qu'on veut le faire sortir du manège ? ...
Non là,je pense que ces colères étaient dues à une immense frustration ... Frustration de ne pas pouvoir commander son corps comme il le souhaitait, frustration de ne pas arriver à faire comprendre tout ce qu'il avait envie de dire et que nous ne comprenions pas ...

Des hurlements, de la violence physique envers les autres mais surtout, envers lui même, de jour comme de nuit ... Des crises aussi soudaines qu'intenses.

L'année de ses 3 ans a été très douloureuse pour lui, et pour moi qui passais 24h sur 24 avec lui ... L'impression d'être vampirisée par un petit bonhomme de 10kg qui ne me laissait aucune répit et imposait à toute la famille un sacré rythme.

Tous les rapports de cette époque y font référence ... Parce que lors d'une séance de kiné ou de psychomotricité,le petit bout de chou souriant pouvait soudainement se transformer en véritable tornade hurlant et mordant ... Une des psychomotriciennes doit encore s'en souvenir ...

C'était dur et pourtant, comment ne pas comprendre combien il doit être douloureux d'être enfermé dans un corps qui dysfonctionne, sans possibilité de dire ce qui ne va pas, alors qu'on comprend absolument tout ce qui se passe et qu'on n'a qu'une envie : COMMUNIQUER.

Il nous a fallu beaucoup de patience, d'amour et de temps pour surmonter tout ça.
L'aide aussi d'une super psychologue qui un jour a mis les points sur les i à notre crapouille : "'maintenant, Louis ça suffit, tu vas arrêter d'appeler Maman toute la nuit ..."'... sur le coup, ce qu'elle proposait m'avait paru brutal, mais finalement elle le connaissait bien et son intervention a marché, il s'est apaisé et surtout tous ses efforts ont fini par payer et peu à peu il est parvenu à sortir de cet enfermement qui l'empêchait de faire comprendre qui il était ...
On a fini à force de persévérance à trouver le moyen de le faire participer à tout ce dont il avait envie. Parce qu'on avait confiance en lui et qu'on savait qu'il allait y arriver. Mais ça ne s'est pas fait sans nuits blanches ;)

Aujourd'hui, difficile d'imaginer, quand on le voit toujours souriant et blagueur, combien cette période a été éprouvante ... Les crises sont encore là, mais elles n'ont plus aucun rapport avec ce qu'elles étaient ;) ouf !

La deuxième chose qui m'a sauté aux yeux dans ses rapports médicaux c'est le poids qu'on ME met sur les épaules, moi la Maman ...

J'ai noté tout un tas de petites phrases du genre : "'il faudrait que la Maman assiste aux séances"', "'les rencontres avec la Maman sont ponctuelles, il est important de prévoir plus de temps d'échange"' "'la Maman ci, la Maman ça"' ...

Mais je n'ai vu nulle part mentionner l'absence ou non du Papa aux séances ... pas plus que de conseils sur ce que le Papa devrait faire ou pas ...

Et pourtant à cette période déjà, j'avais considérablement réduit mon activité professionnelle pour passer le plus de temps possible avec Louis justement ...Pas suffisamment apparemment. Ou trop peut être, du coup, c'est vers moi, forcément que tout le monde se tournait ?

Quand j'ai totalement cessé mon activité lors d'un changement de région, on m'a dit "'pourquoi voulez vous le scolariser puisque vous ne travaillez pas ?"' et encore trés récemment, lorsque j'ai expliqué que j'allais reprendre mon travail (à temps partiel encore ...), on m'a répondu : "mais vous avez conscience qu'augmenter les temps de cantine risque de le fatiguer ?''

Jamais il n'a été fait ce genre de reflexions au Papa ... Alors bien sûr, on me dira que c'est parce qu'on sait que le Papa est celui qui a l'activité professionnelle qui nous permet de faire bouillir la marmite (dans notre famille). Mais, je me demande si la situation serait vraiment différente si c'était moi qui ramenais le salaire le plus important ? 

Evidemment ce que je raconte là n'a rien d'exceptionnel et concerne aussi bien d'autres mamans ... Par exemple, qui appelle-t-on le plus souvent lorsqu'un enfant est malade à l'école ? ... sa maman ... Je ne dis pas qu'on n'appelle JAMAIS le papa, mais je parie que 8 fois sur 10, c'est d'abord le numéro de la Maman qu'on compose, sans toujours savoir si c'est elle des 2 parents qui sera la plus disponible pour venir chercher son petit ....

Et sur les Mamans d'enfants différents, je crois qu'on met encore plus de pression, quand on ne les rend pas carrément responsables des difficultés de leur enfant, de façon plus ou moins subtile ... 

Pourtant, je sais que la majorité des Papas aurait envie qu'on leur laisse une place un peu plus importante dans tout ça ...
A eux de le revendiquer peut être ? A la société de se mettre un peu à la page en ce qui concerne l'égalité parentale ? Aux Mamans aussi sans doute de lâcher un peu du lest ? 

Un peu tout ça sans doute ... Mais je constate que pour moi, finalement en 10 ans, la situation n'a pas beaucoup changé, c'est toujours à la ''Maman"' qu'on s'adresse ....
Peut être qu'un jour, dans les bilans de Loulou, on lira Maman ET Papa ?